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Cannabis Ruderalis

The Cannabis Family

Le Cannabis Ruderalis est considéré comme une sous-espèce du Cannabis Sativa. Il est connu pour sa faculté à fleurir indépendamment de la photopériode. Cette forme un peu particulière de cannabis est supposée provenir de plantes de cannabis Sativa ‘échappées’ de cultures extérieures, effectuées quelque part en Russie.  Actuellement les plantes de Ruderalis se trouvent dans la nature en grandes populations, partout en Europe centrale et de l’Est. Le nom « Ruderalis » vient du mot germain « rudéral », un terme utilisé pour désigner les plantes qui poussent en bord de route. C’est de là que lui vient son surnom « Ditch Weed », c’est-à-dire « Herbe de fossé », que lui ont donné les cultivateurs. On trouve des populations semblables de Ruderalis à travers les Etats-Unis et le Canada, où la culture du chanvre était une pratique courante. A un moment donné, cette variété était tellement répandue aux Etats-Unis que le gouvernement a sponsorisé des programmes d’éradication pour combattre sa rapide expansion, mais ceux-ci se sont finalement révélés inefficaces en dépit des efforts. Le cannabis se dissémine si vite qu’il est pratiquement impossible de l’éradiquer, dès l’instant où il s’est implanté quelque part. De très nombreuses populations spontanées de cannabis différentes s’épanouissent partout dans le monde, mais très peu sont autoflorissantes.

Quand les plantes de cannabis russes se sont évadées des cultures et se sont trouvées hors de portée de mains humaines, elles ont perdu les particularités pour lesquelles elles avaient été sélectionnées et cultivées. En contrepartie, elles ont développé un ensemble de nouvelles propriétés leur permettant de survivre dans la nature. Les plantes de Ruderalis sont légèrement plus petites que leurs congénères Sativa et Indica, probablement parce qu’elle ont moins de temps pour se développer avant le début de la floraison. Les Ruderalis appartiennent au type de plantes de cannabis à feuilles étroites, ce qui leur donne une apparence proche des variétés Sativa. Les plantes Ruderalis sont relativement basses mais déliées, avec des nœuds peu nombreux et une structure de boutons dispersés. Bien que le Ruderalis soit considéré comme une sous-espèce de Sativa, il est également possible qu’il soit issu de plantes de cannabis Indica qui auraient migré toujours plus vers le nord. Pour survivre, elles auraient commencé à fleurir plus vite et à arriver à maturité plus tôt qu’auparavant, une caractéristique qui a pu continuer à se développer jusqu’à ce qu’elles soient finalement devenues totalement autoflorissantes.

Cannabis Ruderalis in the WildLa classification des plantes de cannabis est parfois difficile parce que celles-ci changent d’apparence en fonction du lieu où elles sont cultivées.  Elles sont visiblement championnes dans l’adaptation aux différents types d’environnements. Contrairement à leurs cousines Sativa et Indica, les plantes Ruderalis sont connues pour leur faible taux de THC mais plus élevé en CBD, un cannabinoïde d’intérêt thérapeutique. Les variétés riches en THC apparaissent dans des populations contrôlées et proviennent essentiellement de cultures sélectives humaines. Les plantes sauvages peuvent avoir un profil chimique tout à fait différent, contenant un plus large éventail de cannabinoïdes. L’environnement, et particulièrement un fort ensoleillement, est le facteur principal qui stimule chez les plantes la production de trichomes et, par conséquent, de cannabinoïdes.  De ce point de vue, les climats du nord mettent moins la pression sur les plantes et encouragent plutôt la maturation rapide et la résistance à une forte humidité. Cela donne à penser que le cannabis Sativa serait l’ancêtre du Ruderalis puisque les Indica ne sont pas vraiment adaptées aux environnements humides, ce qui s’exprime clairement à travers leur structure florale. Les Indica semblent plutôt adaptées à la conservation de l’eau, ce qui laisse supposer qu’elles sont originaires de régions sèches du monde. Par contre, les Sativa proviennent des tropiques où l’humidité peut atteindre des niveaux élevés. C’est probablement une des raisons pour lesquelles la structure des boutons Sativa est tellement clairsemée, permettant à l’air de circuler autour des fleurs et réduisant ainsi les risques qu’elles soient attaquées par la moisissure. Vraisemblablement, les plantes ‘échappées’ comprenaient des individus à floraison plus rapide que d’autres et ces spécimens avaient eu le temps de transmettre leurs gènes à leur descendance.  Après de nombreuses générations, des plantes encore plus précoces sont apparues. A un moment donné est arrivé une génération de plantes fleurissant bien avant les autres, indépendamment de la photopériode. Les premières plantes autoflorissantes étaient nées.

Cannabis Ruderalis Floral StructureLa floraison d’une plante de cannabis est déclenchée par une série complexe d’événements qui dépendent de pigments et d’hormones sensoriels ainsi que d’enzymes et de protéines spécialement codées. Toutes les formes de vie sur cette planète ont ce que l’on appelle un rythme circadien. Ce mécanisme est directement lié à l’alternance lumière/obscurité et conditionne notamment certains comportements à certaines périodes, comme la floraison chez les plantes, par exemple. C’est une sorte d’horloge biologique interne qui fonctionne au niveau cellulaire. Il a cependant été découvert que cette horloge biologique interne peut se déconnecter à certains moments de l’année chez des formes de vie se développant très au nord de l’Equateur. Dans ces régions, la longueur des journées peut varier considérablement d’une saison à l’autre. La faculté de mettre le mécanisme biologique en veille pendant les longues journées sombres d’hiver ou les nuits ensoleillées de l’été évite aux organismes de se détraquer ou, dans le cas des humains, de devenir fous. C’est une des raisons pour lesquelles le cannabis Ruderalis peut fleurir automatiquement. Cette adaptation est une réponse aux longues journées et aux nuits courtes de l’été dans les régions où il poussait. Tout ce que la plante pouvait percevoir de son environnement lui indiquait de continuer à croître. Apparemment, il n’était pas encore temps de fleurir. Cependant, pour survivre, la plante a dû commencer à fleurir plus tôt, de façon à pouvoir développer complètement ses graines.  En arrêtant le rythme circadien, elle est devenue libre de fleurir à n’importe quel moment. Il est également possible que la floraison automatique soit renforcée par la production rapide d’hormones induisant la floraison.

La capacité à autofleurir est peut-être inscrite dans le code génétique de toutes les plantes de cannabis, mais cette aptitude reste dormante chez les Sativa et Indica communes parce qu’elle ne leur est pas utile. Il se peut également que l’autofloraison soit un trait acquis, résultat d’une évolution rapide parmi les plantes solitaires qui luttaient pour leur survie dans la nature. Peut-être certains des premiers cultivateurs d’extérieur ont-ils aussi contribué à créer ces variétés, en sélectionnant toujours parmi les populations Sativa ou Indica les plantes qui arrivaient le plus tôt à maturité. Il y a beaucoup d’hypothèses concernant l’origine des plantes autoflorissantes, mais une chose est certaine, les Indica, les Sativa et les Ruderalis peuvent être croisées, ce qui signifie qu’elles sont proches parentes. La classification taxonomique exacte des trois sous-espèces de cannabis est largement tributaire de la façon dont on les considère. Du point de vue de la structure, on pourrait aboutir à une conclusion, tandis que l’on arriverait à une autre, en examinant la composition chimique en cannabinoïdes de ces trois différents types de plantes.

Pour la plupart des gens, cette étrange sous-espèce de cannabis a dû sembler tout à fait inutile, étant donné ses caractéristiques. En effet, les premiers cultivateurs hollandais ont exprimé leurs inquiétudes quand les plantes ont fait leur apparition dans l’univers de la culture. Celles-ci ne peuvent être cultivées à l’intérieur avec de bons résultats parce qu’elles ne tiennent pas compte de la photopériode et commencent à fleurir dans les 5 à 7 semaines qui suivent les premières vraies feuilles. Ce n’est pas idéal du point de vue de leur développement et elles ne donnent que de petites récoltes de boutons peu puissants. Ces éléments reviennent souvent dans les conversations autour des variétés à floraison automatique. Nombreux sont ceux qui ne peuvent comprendre pourquoi quelqu’un voudrait se fatiguer à travailler avec des plantes contenant des gènes Ruderalis alors qu’il y a tant d’excellentes variétés Sativa et Indica. Même si tout cela est vrai, ce n’est pas la question puisque les plantes à floraison automatique sont cultivées pour leur faculté à fleurir indépendamment de la photopériode, pour leur haute résistance à la moisissure, au stress environnemental et aux ravages des insectes. Toutes ces qualités sont inestimables pour les cultivateurs travaillant dans des environnements et des photopériodes défavorables aux plantes ordinaires. Sensi Seeds Ruderalis SkunkCes dernières ne pourraient commencer à fleurir à temps et, même si elles le faisaient, elles ne parviendraient jamais à maturité, en raison des températures trop basses et du climat rigoureux : elles ne produiraient que des boutons immatures. En bref, les plantes autoflorissantes sont la meilleure option pour les cultivateurs du nord parce que leur choix est réduit dès le départ. Les plantes à floraison automatique commencent à fleurir si tôt et arrivent à maturité si vite qu’elles peuvent parvenir du stade de la graine à celui d’adulte porteur de graines, en à peine 10 semaines.

Dans les années ’70, des agronomes canadiens ont tenté des expériences de croisements avec le Ruderalis, dans l’espoir de trouver des indices sur son ascendance. Ils ont en tout cas découvert qu’ils pouvaient croiser le Ruderalis à des plantes puissantes ce qui donnait des individus ayant un taux de THC moyen. Au cours des années, de nombreux cultivateurs et sélectionneurs ont essayé de développer des hybrides autoflorissants puissants, à partir de gènes Ruderalis. Neville Schoenmaker (père des banques de graines hollandaises et fondateur de la Seed Bank, maintenant connue sous le nom de Sensi Seeds) a essayé de combiner de nombreuses plantes différentes avec le Ruderalis russe, dans le but de créer des hybrides autoflorissants stables. Il n’a pas eu beaucoup de chance avec son choix de plantes. Toutefois, Sensi Seeds propose toujours certains de ces croisements expérimentaux, tels que la Ruderalis Indica, la Ruderalis Skunk ainsi que la Four-Way, qui est pour un quart Ruderalis et contient également de la Northern Lights et de la Skunk #1. Selon Sensi Seeds, bien que ces variétés possèdent des gènes Ruderalis, les individus ne sont pas totalement autoflorissants.

Mighty Mite

Pendant ce temps, sur les îles du golfe de la Colombie-Britannique, des cultivateurs canadiens ont aussi expérimenté des variétés d’extérieur à floraison rapide. Ils ont remarqué que certaines plantes fleurissaient toujours beaucoup plus tôt que d’autres et ils ont commencé à explorer ces lignées de graines, à la recherche des plantes les plus intéressantes. Ce travail a finalement donné naissance à la variété Mighty Mite qui est maintenant renommée pour sa capacité à fleurir extrêmement tôt, même si pas automatiquement. On a beaucoup spéculé sur le fait que la Mighty Mite contienne ou non des gènes de Ruderalis. Quoi qu’il en soit, c’est une des plantes d’extérieur parmi les plus précoces actuellement. Depuis lors, elle s’est répandue dans les cultures d’intérieur et d’extérieur. Elle a été croisées un nombre incalculable de fois dans le but d’obtenir des variétés à floraison précoce mais puissantes, comme par exemple la Guerilla Gold. Il est parfois difficile de tracer une ligne entre les variétés extrêmement précoces « semi-automatiques » et les plantes entièrement autoflorissantes parce qu’elles semblent avoir le même comportement, alors qu’elles peuvent avoir un pedigree totalement différent. Il doit néanmoins y avoir une distinction entre les deux, puisque l’une est classifiée ‘autoflorissante’ sur base de critères génétiques alors que l’autre est considérée comme ‘normale’, mais à maturité précoce, adaptée à l’environnement froid du nord. Certaines de ces variétés existent parfois depuis de 30 ans, ce qui signifie que les plantes ont eu le temps de s’acclimater à l’environnement local et, par conséquent, de développer des caractéristiques utiles à leur survie. Par coïncidence, beaucoup d’entre elles sont des variétés pures ou à forte dominance Sativa, ce qui pourrait de façon indirecte appuyer la thèse du cannabis Ruderalis issu de cette partie de l’arbre de la famille. Ces plantes ne sont pourtant pas à proprement parler autoflorissantes, mais tellement précoces qu’il est difficile de faire la distinction.

Il y a de nombreuses variétés différentes de chanvre industriel, mais très peu ont pour origine le Ruderalis sauvage.  L’une des plus réputées est la FIN-314. Mieux connue sous le nom de Finola, cette variété de chanvre a été développée en 1995 pour des cultures industrielles en Finlande (la rendant adaptée au reste de la Scandinavie et des pays du nord tels que le Canada). Sa concentration en THC a été limitée à un niveau acceptable pour le gouvernement. Au-dessus de 0,3%, elle serait classifiée comme drogue. Même si ces plantes contiennent très peu de THC, elles sont riches en CBD et peuvent être utilisées de façon thérapeutique. Le Ruderalis russe a également été transformé avec succès en diverses variétés de chanvre industriel, cultivées pour la fibre, les graines et l’huile.

Industrial Hemp

Le cannabis Ruderalis est souvent dénigré, mais un cultivateur - le Joint Doctor – a pris la peine de se familiariser avec lui et a découvert ses qualités potentielles. Il avait reçu d’un ami qui collectionnait les variétés exotiques de cannabis une plante autoflorissante un peu étrange, appelée Mexican Rudy. Ce nom suggérait une mystérieuse origine mexicaine, mais sa composition génétique exacte est tout à fait hypothétique. Certains aiment à penser que les plantes de Ruderalis utilisées dans ce croisement sont originaires de la variété de chanvre industriel FIN-314, tandis que d’autres croient que la Mexican Rudy provient de plantes expérimentales qui auraient été cultivées dans une université ou une institution étatique des Etats-Unis, durant les années ’70. Indépendamment de son passé, le Joint Doctor a perçu son potentiel et son utilité. Il a commencé à travailler avec le Ruderalis pour créer une plante plus attrayante, donnant une récolte plus importante et une meilleure qualité du produit fini. Il lui est vite apparu que la petite taille des plantes à floraison automatique était liée d’une façon ou d’une autre à ce caractère autoflorissant inhabituel. Il a croisé la Mexican Rudy avec la Northern Lights et la William's Wonder sur plusieurs générations et son projet a abouti à la première Lowryder. Cette variété a ouvert l’ère des plantes autoflorissantes, actuellement largement utilisées par les cultivateurs d’intérieur comme d’extérieur.

Depuis lors, la Lowryder et ses parentes ont évolué vers des hybrides plus puissants. Reproduire des hybrides à floraison automatique n’est pas une tâche aisée. En fait, c’est probablement le plus difficile, parce que le caractère autoflorissant est récessif. Cela signifie que si l’on croise une plante à floraison automatique avec une plante ordinaire, cette particularité est masquée par les caractéristiques d’une floraison normale. Si l’on souhaite créer un nouvel hybride autoflorissant sur base d’une plante ordinaire, sa descendance devra être rétrocroisée sélectivement au moins deux fois avec des plantes authentiquement autoflorissantes afin de conserver ce caractère. La génération de plantes ainsi obtenue ne contiendra qu’un faible pourcentage des gènes provenant de la plante ‘normale’ de départ, ainsi différents rétrocroisements additionnels seront probablement nécessaires pour fixer les caractéristiques de ce parent. En théorie, cela signifie que chaque variété autoflorissante commerciale a été cultivée au moins sur trois générations avant d’être mise sur le marché. En réalité, il peut y en avoir eu moins dans quelques cas, mais probablement plus chez la plupart des hybrides, car fixer certains caractères peut se révéler difficile. Beaucoup de cultivateurs ont suivi les traces du Joint Doctor depuis la naissance de la Lowryder et, actuellement, on trouve de nombreuses banques de graines différentes et tout autant de cultivateurs qui proposent des variétés à floraison automatique. Ces cultivateurs ont toujours rêvé de créer des plantes autoflorissantes de taille normale. Ce rêve pourrait bientôt être réalisé car de nombreux sélectionneurs de graines travaillent sur des variétés « Super Autos » qui conservent le caractère autoflorissant, tout en atteignant la taille et la forme des plantes normales. Leur autre rêve consistant à créer une Haze autoflorissante deviendra également bientôt une réalité. Beaucoup de cultivateurs privés s’efforcent aujourd’hui de produire une première variété autoflorissante sur base de cette lignée de graines connue pour sa puissance.

Cependant, la meilleure utilisation des plantes autoflorissantes reste peut-être médicale, en raison de leur héritage Ruderalis et de leur relativement haute concentration en CBD. Paradoxalement, les variétés à floraison automatique sont souvent négligées par ceux qui recherchent des plantes de bonne qualité, à taux élevé de CBD, simplement à cause d’une ignorance généralisée concernant cette propriété particulière des variétés autoflorissantes.

Quelle que soit la manière dont on considère ces plantes, elles sont un atout d’une façon ou d’une autre. Elles nécessitent sûrement un certain degré de responsabilité de la part des cultivateurs, particulièrement dans les cultures extérieures, étant donné que ces plantes pourraient amener une pollinisation indésirable et insuffler des gènes de Ruderalis et de chanvre dans la réserve génétique actuelle du cannabis. Aussi longtemps que leurs populations seront sous contrôle, il y aura peu à craindre d’elles. Ainsi, les déclarations affirmant que ces variétés sont en train de ruiner la réserve génétique de toute l’espèce est probablement injustifiée. Le cannabis Ruderalis prouve à quel point il est capable de s’acclimater aux différents environnements. Son aptitude à survivre est poussée au plus haut degré puisqu’il peut changer de forme et de comportement pour s’adapter à un nouvel habitat. Là où d’autres variétés échoueraient et disparaîtraient, le Ruderalis prospère et donne naissance à de nouvelles générations de plantes.

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